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NPA Haute-Garonne
  • Redouane Ikil, victime du racisme d’Etat et patronal

    Depuis 2014, Redouane Ikil, ex-directeur de l’agence postale Bellefontaine à Toulouse, subit un acharnement judiciaire et patronal qui est un exemple flagrant de ce que peut produire le racisme d’Etat.

    Deux braquages violents

    En 2012 puis en 2013, deux braquages ont lieu dans des agences postales toulousaines, à chaque fois le même procédé : une salariée de la Poste est enlevée à son domicile, menacée et contrainte d’ouvrir l’agence aux braqueurs. La deuxième fois un guetteur est arrêté et le butin récupéré.

    Ce n’est qu’en avril 2014 que Redouane est impliqué dans l’affaire par le juge d’instruction qui le place en détention provisoire. A charge, il est retenu que Redouane connaîtrait un des auteurs des faits et qu’il a remis un plan de l’une des agences aux braqueurs [1]. Dès lors un scénario est avancé par le juge : c’est Redouane Ikil qui est le cerveau derrière ces braquages. Son frère Abdelhakim sera par la suite accusé d’être le bras armé.

    La justice comme instrument du racisme d’Etat

    Pour Rédouane c’est le début d’une détention provisoire qui durera plus de trois ans. Alors que toutes les garanties de représentation sont présentées par son avocat (au moment de son incarcération, il s’apprête à prendre un nouveau poste et son épouse est enceinte de plusieurs mois), cette décision n’est pas anodine. Théoriquement exceptionnelle car le ou la mis.e en examen est réputé.e innocent.e tant qu’il.elle n’est pas condamné.e, cette détention est monnaie courante en France, qui a d’ailleurs été condamnée pour cela par la Cour européenne des droits de l’homme à plusieurs reprises. La présomption d’innocence tant invoquée par nos responsables politiques et grands patrons quand ils sont inquiétés n’est pas aussi évidente quand le mis en examen s’appelle Redouane ou Abdelhakim. Ce n’est pas une coïncidence : il est clair que comparaître prisonnier à son procès influence le jugement. Le juge d’instruction ne s’en est pas caché, lui qui dira : « Mon but c’est de vous amener menotté aux assises, je monterai le dossier dans ce sens. » Sans s’appesantir sur les personnalités des magistrats instructeur et du parquet [2], on peut constater que la justice agit avec cette détention provisoire (comme ailleurs avec la comparution immédiate) comme un des agents du racisme d’Etat. [3]

    En juillet 2015, nouveau rebondissement : un témoin affirme avoir vu Abdelhakim Ikil sur les lieux du crime ; il est mis à son tour en détention. Troublant, car l’avocat général de la Cour d’appel venait de demander la mise en liberté de Redouane [4]... Il n’y avait pourtant rien contre Abdelhakim. C’est la Justice elle-même qui le reconnaîtra en le libérant fin 2016, sans plus d’explication. Le scénario du coup monté par les frères Ikil ne tient plus, mais ça ne suffit pas pour que la Justice accède à l’une des soixante demandes de remise en liberté déposées par l’avocat de Redouane.

    Finalement en juin 2017, le procès a lieu et débouche sur un acquittement pour Redouane. Certains ont souligné une décision « au bénéfice du doute », mais c’est ainsi que la justice fonctionne et Redouane Ikil est bel et bien innocent [5]. C’est tout de même une surprise : il est rare que la Justice acquitte ainsi une personne qu’elle a gardée en détention provisoire pendant si longtemps.

    Un licenciement actant une double peine patronale

    Pour l’employeur de Redouane, La Poste, c’est aussi une surprise : une condamnation qui semblait probable aurait mis fin au contrat de travail, mais un acquittement l’oblige à le réintégrer. Contre toute attente, La Poste décide de licencier Redouane. Ce licenciement instaure une double peine après une détention préventive que l’on sait délétère pour la vie sociale : il sera quasi impossible pour Redouane de retrouver un travail, encore moins dans le secteur de la banque. C’est donc en soi un combat légitime que de défendre son emploi, mais il est nécessaire de comprendre comment et pourquoi il est licencié.

    La Poste licencie pour cause réelle et sérieuse, avançant que Redouane aurait dû tenir au courant sa direction des menaces dont il avait été victime [6]. Si la direction de La Poste avait su qu’il avait été ainsi menacé, qu’il avait été contraint de communiquer un plan, elle aurait pu agir ! Elle aurait pris des dispositions le protégeant ainsi que les autres salarié.e.s ! On pourrait croire la bonne foi de la direction de La Poste si des alertes sur les problèmes de sécurité induits par les restrictions d’effectifs n’étaient pas lancées depuis longtemps par les salarié.e.s et les syndicats [7] ; et plus encore, si une année ne s’était pas écoulée entre les deux braquages. Si La Poste rejette ses fautes sur Redouane, ce n’est pas uniquement pour se débarrasser d’un salarié devenu encombrant avec ses trois années passées en prison, c’est aussi pour se dédouaner vis-à-vis des victimes. Jouant sur les termes de l’arrêt d’acquittement, qui ne devrait pas être utilisé ainsi comme le rappelle l’avocat [8] , La Poste a beau jeu d’entretenir ce rôle de coupable tout trouvé auprès des salarié.e.s de l’entreprise, comme, avant elle, le juge d’instruction.

    Pourquoi le NPA défend un cadre ?

    En résumé, ce licenciement inique est à la fois une double peine patronale, une exonération de ses responsabilités de la part de la direction de La Poste et, finalement, l’affirmation raciste qu’il « n’y a pas de fumée sans feu ». C’est ce qui tient toute la procédure, qui rend le scénario du juge crédible : qui s’étonnera de découvrir qu’un homme non-blanc d’origine populaire est un « voyou » ?

    Nous le savons, certain.e.s de ses subordonné.e.s reprochent à Redouane d’avoir été un « bon petit soldat », appliquant à la lettre la violente politique managériale de La Poste. Nous sommes aux côtés de ceux qui combattent cette politique à tous les niveaux comme à Carhaix récemment [9] et y compris contre les cadres qui l’appliquent. Mais il ne faut pas s’y tromper, ce n’est pas pour son éventuel comportement à l’encontre des postier.e.s que Redouane est aujourd’hui licencié. Si faute il y a à lui reprocher, c’est trop tard et personne, surtout pas des syndicats, ne devraient soutenir un patron qui souhaite licencier son employé des années après la faute suspectée [10].

    Dans le cas de Redouane comme dans d’autres cas de justice de classe, le NPA combat la détention provisoire, qui vise en priorité une partie de la population, celle d’origine populaire et non-blanche ; le NPA combat la justice raciste et bourgeoise qui est un des bras armés du racisme d’Etat ; le NPA combat le patronat qui divise les travailleurs pour mieux esquiver ses responsabilités et toujours plus les exploiter.

    Correspondant

    Toulouse, le 5 décembre 2017

    Pour plus d’informations, voir la page Facebook du comité de soutien de Redouane Ikil